Avoir un frère maladroit...

Avoir un frère maladroit... - Willa Galindo

Je n’étais pas si tranquille, que la dernière fois de laisser ma maison à mon plus jeune frère. Il avait cassé un vase et deux assiettes, quand il était venu habiter chez moi, pour quelques jours, au mois de juin. Il n’avait nulle part où aller, et je ne pouvais que lui proposer cet hébergement. Il est maladroit et je ne peux jamais lui en vouloir, je sais qu’il ne le fait pas exprès. Il m’a racheté tout ce qu’il avait cassé, mais j’avais quelques objets irremplaçables, comme cette poterie que Judith m’a offerte ou encore ce dessous-de-plat en céramique, que j’ai fait moi-même. C’est une des seules choses que j’ai été capable de terminer, pendant un stage de poterie. J’étais prête à lui laisser ma maison, et tous mes petits bibelots, mais j’ai rangé ceux que je possède de plus précieux et cassants dans des placards et des armoires.

Mon frère devait s’absenter quelques jours de son domicile, suite aux travaux d’une compagnie de décontamination moisissures Laval, et que nos parents avaient prévue. C’était exactement au moment où je partais rejoindre Rebecca et John, pour des vacances entre amis. Mon conjoint ne viendrait que plus tard, car il ne pouvait pas s’absenter aussi longtemps que moi de son travail. Nous attendions avec impatience ces quelques jours où nous goûterions au repos et à la sérénité. Pour être sûre que mon frère ne pourrait rien casser de précieux, j’ai aussi dissimulé, dans le fond d’un tiroir, mes animaux en cristal. Je les collectionne depuis que j’ai onze ans. Je possède un cygne, un chat, un faon, deux poissons très différents l’un de l’autre, une colombe et quatre autres oiseaux, dont je n’ai jamais su de quelques espèces ils étaient.

Je pense que ce sont un rouge-gorge, deux bouviers et un moineau. Je les ai soigneusement emballés dans du papier de soie, du papier à bulles et du journal. Ils prirent beaucoup de place, mais j’avais mis mes paires de chaussettes en laine dans un autre endroit. Je n’étais pas sûre que, même aussi bien protégés, ils ne craindraient pas la maladresse légendaire de l’autre partie de ma fratrie. J’ai donc laissé un mot explicatif à mon frère. Je voulais qu’il sache qu’il ne devait absolument pas aller dans ma chambre. Je lui avais aménagé son lit dans celle que je réserve à mes invités. Et, même avec cette ultime précaution, je n’étais pas tranquille lors de mon départ.