La fourmis d'Estelle

Dans mon abri de jardin, j’ai retrouvé des outils auxquels je ne pensais plus. Un râteau à feuilles, une bêche, une fourche, et même une tondeuse mécanique. Je l’avais prise quand je m’étais installée dans cette maison qui a une cour grande comme ma main. Les fleurs ont envahi la modeste surface. Une bande permet de les traverser, mais l’usage de cette tondeuse n’est plus d’actualité. Je la mis au bord du chemin. Dans un sac de terre, une fourmilière était installée. J’ai sorti le sac, puis j’ai réfléchi. Les petites bêtes risquaient de s’installer dans mon jardin, elles pourraient même l’envahir rapidement. De plus, je ne voulais en aucun cas leur faire du mal. J’ai donc emballé la fourmilière, et je l’ai déposée au coin d’un bois, sans le sac plastique qui la contenait, évidemment. Les fourmis ont couru dans tous les sens quand je les ai renversées sur la terre. Je ne doute pas qu’elles construiront une autre habitation. Je sais, je suis peut-être un peu trop sensible…

Comme je devais aller en ville, car j’avais rendez-vous pour prendre une deuxieme hypotheque, je suis retournée chez moi en conduisant un peu trop vite. J’ai dérapé dans un virage, mais j’ai eu plus de peur que de mal. Mon automobile n’était pas endommagée, et à part mon cœur qui s’était emballé, j’étais en bonne santé. Je suis rentrée en adoptant une allure plus adaptée à la route que j’empruntais. J’ai dévié de mon trajet habituel, car j’avais promis à Estelle que je passerais la prendre pour qu’elle vienne en ville avec moi. Elle m’attendait. Nous avons parlé de son nouveau locataire, un guitariste qui l’a invitée à son prochain spectacle. Elle me le décrit comme une personne au caractère doux et solitaire. 

J’ai fait une halte de quelques minutes à mon domicile. Je n’avais pas pris de moyen de paiement en partant déposer les fourmis dans les bois. La pluie commençait à tomber et j’ai dû prolonger mon arrêt plus que je ne l’avais prévu. En effet, je devais rentrer dans l’abri de jardin tout ce que j’avais sorti. Une fois cette tâche effectuée, nous avons pu rouler vers notre destination. J’avais donné un rendez-vous à mon amie vers quatre heures de l’après-midi, dans un café. Elle fut ponctuelle, comme à son habitude. Elle transportait un gros paquet avec elle. Quand je l’ai invité à prendre un café avec moi, elle me tendit le paquet plutôt volumineux. C’était une décoration pour mon jardin, une grosse fourmi en fer forgé.