Retrouvailles forcées

Retrouvailles forcées - Willa Galindo

J’avais reçu un jour, un e-mail d’une amie d’enfance, qui avait décidé de fêter ses 40 ans, avec tous ses anciens camarades d’école. Je n’avais pas répondu. La revoir, elle, m’aurait fait plaisir. Mais pas les autres. Je n’étais pas en état d’affronter mon passé, et encore moins les effets de mon présent. Je n’étais pas vraiment ce que j’avais espéré être, ni socialement, ni physiquement. Une gêne agaçante me rongeait l’esprit, à la seule idée de les savoir près de moi. Je déclinais l’invitation, quelques jours avant sa date d’anniversaire. J’avais trouvé une excuse toute faite, assez vraisemblable, pour ne donner aucune explication. Je reçus un mail la veille de la date d’anniversaire de mon amie, m’indiquant l’annulation de la fête, du fait de mon absence. J’eus un petit pincement au cœur, quelques secondes qui passèrent très vite, car un soulagement, dû à un relâchement de pression venant de mon cœur, me laissait enfin respirer plus librement.

Je ne pus m’empêcher le lendemain au réveil, de penser à mon amie. Les souvenirs s’entremêlaient dans ma tête. Certains joyeux, mais aussi, beaucoup de ceux que j’aurais voulu oublier à jamais. Je lisais mes mails sur mon smartphone, en prenant mon déjeuner, quand j’aperçus un nouveau mail de mon amie, m’invitant à la retrouver dans son magasin. Je décidais de ne pas répondre, comme pour faire comprendre que pour moi, cette période de ma vie, était une page tournée. Je restais toute la matinée au travail, ruminant mes pensées, les dents serrées. En sortant pour rencontrer mon conseiller financier, j’aperçus une silhouette devant ma voiture. C’était mon amie qui m’attendait sourire aux lèvres. Je stoppais net, ne sachant où donner de la tête. Il était bien trop tard pour prétendre à une esquive. Après quelques secondes d’hésitation, je m’avançais vers elle doucement, m’obligeant à sourire, faisant mine d’un étonnement joyeux. Elle me prit dans ses bras, d’une façon tellement joviale, que j’aurais voulu avoir une pelle pour creuser 10 000 pieds sous terre et disparaître. Au bout d’une centaine de non ! non ! non ! non ! Elle arriva à me faire changer d’avis pour la raccompagner dans son magasin.

Elle était vendeuse de mobilier de cuisine. En premier, j’aperçus un comptoir placé dans l’angle du magasin, de sorte à être bien vu. Elle me demanda si je voulais prendre un petit quelque chose. Je lui répondais positivement d’un signe de la tête, en continuant de regarder les meubles de cuisine placés au fond du magasin. Je la vis revenir avec plusieurs verres dans la main, et une bouteille de champagne sous le bras. En déposant les verres sur le comptoir, elle me fit un sourire du coin de la bouche. Je restais immobile, flairant comme une sorte de piège bien organisé. Elle tapa sur une des flûtes et cria, champagne ! De l’autre bout du magasin, je vis s’avancer vers nous tous nos anciens camarades me souriant. En les regardant, un pan de mon passé venait de s’écrouler. Ils avaient tous changés. Mon esprit avait bêtement cédé à la rancune pendant toutes ces années, me laissant me morfondre dans mes idées noires. Je trinquais avec eux avec plaisir, tout en pensant que je venais certainement de grandir un peu.