Une cousine, un tantinet bizarre

Une cousine, un tantinet bizarre - Willa Galindo

J’avais une cousine qui avait toujours de bonnes idées. Bonnes, mais surtout dangereuses. Bien sûr, dangereuses pour les autres. Je n’ai jamais su si elle était à moitié folle, ou si nous étions ses cobayes préférés. Il se trouve que dans toute la famille, toutes générations confondues, nous avions chacun de nous tous, subis les effets indésirables de ces fameuses idées. Nous avions même tous opté, au bout de quelques années, de faire silence en sa présence, pour ne pas être malmenés par ses insistances à se mêler de tout, et à vouloir absolument en découdre de chaque sujet. Mal en a pris à une de mes tantes, d’avoir osé parler un jour d'injection acide hyaluronique. Elle s’était retrouvée envahie par les propositions de cette cousine, qui lui jurait par monts et par vaux, que la meilleure méthode pour rester jeune pour une femme, était de manger certaines épices. Elle lui jurait que si elle était restée svelte et jeune toute sa vie, c’était grâce à cela. Elle aurait reçu cette astuce, il y a plusieurs années, d’une dame indienne, qui lui faisait connaître le masala, qui est un mélange d’épices spécifiques, efficaces dans beaucoup de domaines, et particulièrement dans celui de perdre la surcharge pondérale.

Elle invitait ma tante chez elle pour lui faire un premier repas, et lui montrer comment faire les mélanges d’épices. Elles étaient restées tout un après-midi, et jusqu’au début de la nuit, à faire mijoter dans la cuisine toutes sortes de plats épicés. Cela embaumait à des kilomètres à la ronde. Au moment de passer à table, elle demanda à ma tante de goûter un des plats, pour savoir s’il était assez salé. Elle lui fit avaler d’un coup, une bonne cuillère de sauce. Un cri strident se fit entendre. Elle en suffoqua, au point d’en perdre l’équilibre. Pain, eau, tout ce qui se trouvait sur la table et qui n’avait pas été touché par la cousine, fut avalé par ma tante, pour essayer d’amenuiser la sensation de brûlure atroce qu’elle ressentait à ce moment-là. Elle sortait de chez la cousine, pour rentrer chez elle en courant. Le lendemain matin, elle criait encore lorsqu’elle était aux toilettes. À mon avis, ce jour-là, elle avait plus besoin de pompiers que de médecins. Pendant trois jours, elle sentait fortement les épices, ce qui faisait un peu rire tout le monde. Il n’empêche, je ne sais si ce sont les émotions, ou les épices, elle avait bel et bien perdu quelques kilos. Comme quoi…